Le Budget Primitif Emplois 2020 : avancée ou recul ?


Déclaration d’ouverture de la CFTC au Comité Technique Central de la Ville de Paris vendredi 22 novembre 2019

Ci-dessous le texte de la déclaration d’ouverture de la CFTC prononcée au Comité technique central en présence de l’adjointe à la Maire en charge des ressources humaines et de la Secrétaire générale.

Madame la Présidente, Madame la Secrétaire Générale, Mesdames, Messieurs,

Nous sommes réunis aujourd’hui pour donner un avis sur le projet de budget primitif emplois 2020. Ce dernier appelle plusieurs remarques de la part de la CFTC.

Avec l’intention de créer 228 emplois (à périmètre constant), la Ville retrouve le niveau d’il y a 2 ans (227,5 emplois au BP 2018) soit près de 100 emplois de moins que l’an dernier (337 emplois au BP 2019).

Qu’il s’agisse de nouvelles missions, de l’ouverture de nouveaux équipements ou du renforcement de l’activité actuelle, plusieurs des objectifs affichés méritent d’être cités : 47 postes à la DFPE pour poursuivre les extensions et restructurations des établissements d’accueil de la petite enfance, 10 postes à la DASCO pour les extensions des écoles polyvalentes, 14 postes à la DJS pour l’ouverture de 2 nouveaux gymnases, 12 postes à la DAC dont 8 pour le réseau des bibliothèques, 7 postes à la DDCT pour les services d’état-civil et la vie citoyenne, 60 postes à la DASES (34 au BP 2019 hors changements de périmètre) au titre de la réorganisation du secteur de l’aide sociale à l’enfance, 13 postes pour la propreté (84 postes d’éboueurs au BP 2019), 10 à la DEVE pour de nouveaux espaces verts, 9 pour le plan d’action contre la pollution au plomb, 30 postes d’enseignants contractuels à la DAC au titre de la résorption de l’emploi précaire.

Sur le principe, ces créations répondent dans la plupart des cas à des besoins réels. Cela est donc positif. Néanmoins plusieurs questions surgissent : ces créations sont-elles en nombre suffisant ? Permettront-elles aux équipes de mieux travailler ? Que signifient-elles ? Comment seront-elles assurées ?

Sur le nombre, celui-ci répond en général à des critères bien définis pour l’accueil et les missions confiées. Cependant quels que soient les secteurs : petite enfance, propreté, espaces verts, aide sociale à l’enfance … l’augmentation des tâches et de l’âge moyen des agents dans de nombreux corps ainsi que l’accroissement de la pression d’usage font que ces créations répondront à des besoins ciblés mais laisseront de côté des pans entiers d’activité gagnés par le sous-effectif.

Permettront-elles aux équipes de mieux travailler ? Ce n’est pas sûr car même si les postes sont créés budgétairement, il faudra les pourvoir physiquement. Or sur certains secteurs comme la petite enfance ou les espaces verts, les recrutements sont difficiles. De façon plus générale, cette situation pose la question de l’attractivité de la Ville pour des postes physiquement contraignants ou exposés en termes de responsabilité ou d‘accident et en même temps insuffisamment rémunérés compte-tenu du coût de la vie de plus en plus élevé particulièrement en région parisienne.

Sur l’opportunité de ces créations, qu’il faille de nouvelles auxiliaires de puériculture et de soins pour accompagner le déploiement du programme des 5 000 nouvelles places d’accueil dans les crèches, tout le monde en convient, même chose pour l’ouverture de nouveaux établissements qu’ils soient culturels, sportifs, scolaires … cependant certaines créations posent questions.

C’est le cas des 2 créations pour permettre l’ouverture dominicale de deux nouvelles bibliothèques. Ces 2 créations pourraient passer inaperçues mais elles participent en fait du lent mouvement de banalisation du dimanche initié dans notre pays et auquel la Ville a décidé de contribuer puisque la Maire s’est elle-même affranchie de ses propres convictions sur le respect du repos dominical en reniant ses positions initiales. Hier les bibliothèques, cette année les inhumations dans les cimetières, demain les mairies d’arrondissement. Lent travail de sape contre un droit chèrement acquis par les travailleurs, il y a plus d’un siècle ! Et pour quels résultats ? Des ouvertures coûteuses, pénalisantes pour la vie familiale ou sociale des agents, et qui ne répondent pas aux attentes du plus grand nombre mais aux intérêts particuliers de groupes souvent très restreints. La CFTC continuera à dénoncer cette dérive destructrice du lien social.

Autres créations qui attirent l’attention : « 5 postes de médiation pour les établissements confrontés à des incivilités récurrentes ». Mais où sont les bibliothèques d’antan ? Jadis lieux de calme et de silence qui permettaient de lire ou travailler en paix. Pourquoi en arrive-t-on là ? N’a-t-on pas laissé un peu trop le champ libre ? À force d’un usage toujours plus ouvert de l’espace public, pensons particulièrement à certains espaces verts ou à la voirie pour les roues et deux-roues de toutes sortes, n’ouvre-t-on pas aussi la porte à des pratiques abusives ? Gardons-nous de jugements trop hâtifs mais notons que beaucoup d’agents font les frais de comportements agressifs de certains usagers et que nous attendons de l’exécutif qu’il contribue à faire baisser cette pression qui s’ajoute déjà à celle du travail soit par une réglementation plus contraignante soit par une protection plus grande de ses agents. Cette question de l’insécurité d’agents dans certains établissements ou sur quelques zones géographiques parisiennes bien connues doit être prise à bras le corps au risque de se poser sinon de façon encore plus aigüe dans les années à venir.

Enfin dernière question, comment la collectivité parisienne assure-t-elle ces créations ? Comme d’habitude par le traditionnel tour de passe-passe des redéploiements. Au total : 254 postes redéployés, c’est-à-dire « supprimés » dans 21 directions. Une grande partie de ces redéploiements concerne des emplois DASCO et DDCT. Pour la DDCT, il s’agit de la fusion des services des mairies des quatre premiers arrondissements entraînant la suppression de 48 adjoints administratifs. Pour la DASCO, ce sont 70 emplois d’adjoints d’animation et d’action sportive et 15 emplois d’agents spécialisés des écoles maternelles qui seront supprimés dans les écoles de la Ville.

Le projet de budget présente cette évolution en indiquant, je cite, que « la DASCO contribue tout particulièrement à l’effort collectif de redéploiements en raison de la baisse de la démographie scolaire ». Au vu de tels chiffres (plus de 85 suppressions d’emplois), il serait intéressant d’analyser les raisons et les modalités de cette évolution de la démographie scolaire : impacte-t-elle de façon similaire les écoles du secteur privé ? Illustre-t-elle les difficultés à vivre à Paris pour de jeunes ménages tentés par l’exode vers d’autres communes ? … Enfin, en termes de conséquences, ces suppressions seront-elles neutres sur le bien-être des enfants accueillis ?

Mais si l’on excepte ces évolutions entraînant des suppressions a priori inéluctables, comment comprendre ailleurs sur une dizaine de directions la suppression de 18 adjoints administratifs, de 14 adjoints techniques, de 22 agents de logistique générale, de 10 agents de nettoyage contractuels, de 9 agents d’accueil et de surveillance, de 4 conducteurs automobiles, de 2 personnels de maîtrise et de 2 fossoyeurs alors même que des besoins existent ? Dans le privé ou du temps d’un certain ministre de l’éducation nationale, on désigne ce type d’ajustement par le terme de « dégraissage ». Mais à la Ville, cela fait déjà un certain temps, pour reprendre un autre terme familier, que nous sommes arrivés « à l’os ». Certes, pour être précis, aucun agent n’est pour le moment menacé dans son emploi puisque comme chaque année, le chiffre des créations s’ajuste à peu près à celui des redéploiements et que le solde naturel (départs à la retraite, détachements, disponibilités …) permet d’éviter ces situations. Néanmoins, les évolutions oscillent entre stabilité et baisses pour aboutir cette année à un solde net de 8 créations sur toute la Ville mais de – 30 postes à périmètre constant contre -19 au BP 2019 et-23,5 au BP 2018. Ces évolutions sont le fruit d’une politique délibérée de la municipalité de « faire travailler plus sans payer plus ». Cette logique, c’est celle de conserver à périmètre constant une masse salariale globalement « maîtrisée » sur le court terme et dans le même temps de créer chaque année de nouveaux établissements et des tâches nouvelles malgré des effectifs insuffisants dans certains services, et ce pour répondre à une pression d’usage toujours plus grande qu’il s’agisse des tâches ou des horaires d’ouverture, tout cela dans un contexte d’incivilités grandissantes et de protection insuffisante des agents.

Le nombre d’emplois supprimés projeté sur 2020 diminue de 100 par rapport à l’an dernier (254 au BP 2020 contre 356 au BP 2019). La fin de mandature incite peut-être l’exécutif à un peu plus de retenue vis-à-vis des agents dans sa volonté de suppressions ? Bien que l’on retrouve le niveau du BP 2018 (251 suppressions), la logique reste néanmoins toujours la même depuis des années : supprimer des postes en exigeant des directeurs et directrices une « contribution » effective à cet impératif imposé de « rendre des postes » et expliquer ces évolutions par une communication identique d’année en année. Ainsi en 2018, il est écrit que ces « redéploiements » sont, je cite, « rendus possibles par l’adaptation de l’organisation des services et des procédures ». En 2019, ils « témoignent de la poursuite des chantiers de modernisation et d’optimisation du fonctionnement de l’administration » et pour ce BP 2020 « ils témoignent », à nouveau, « de la poursuite des chantiers de modernisation et d’optimisation du fonctionnement de l’administration et concourent à l’objectif général d’évolution maîtrisée de la masse salariale ». Les mêmes mots pour justifier une politique qui conduit à employer moins d’agents à périmètre constant pour davantage de missions.

Cet objectif d’accroissement de la productivité sans contrepartie réelle en général pour les agents (sauf quelques expérimentations menées par certaines directions) n’est pas acceptable car il contribue à déstabiliser des agents et ce à tous les niveaux de la hiérarchie, à augmenter la souffrance au travail et au final à nuire à la qualité du service public rendu.

Pour être exhaustif, au-delà des éléments négatifs évoqués précédemment, il convient néanmoins de souligner les 161 transformations catégorielles (101 au BP 2019) dont les principales concernent :

  • le débouché en catégorie B pour 80 agents des personnels de la petite enfance : pour les auxiliaires de puériculture et de soins qui interviendront sur les enfants en situation de handicap ou pour la prévention des risques professionnels et pour les agents techniques sur la logistique générale ;
  • la requalification de 62 postes d’adjoints techniques en 55 techniciens supérieurs à la DCPA avec la création de la spécialité génie climatique ;
  • les 19 requalifications sur l’emploi fonctionnel de chef d’exploitation (DEVE, DPE et DVD).

Ces transformations traduisent la reconnaissance de l’expertise d’agents et la prise en compte de leurs réelles charges de travail. La CFTC demande que soit poursuivie l’identification des postes et des agents concernés notamment pour ceux qui acceptent d’assurer des fonctions d’encadrement et des tâches complexes de gestion.

Dans le contexte actuel de transformation de la fonction publique, beaucoup d’agents sont à juste titre inquiets des évolutions négatives qui pourraient être mises en œuvre à l’issue des élections municipales de mars 2020. Aussi la CFTC demande à l’exécutif de considérer les agents de la Ville comme sa plus grande richesse. Avec eux et dans une dynamique positive, l’exécutif doit s’engager à ce que tous les projets concourent au bien commun, c’est-à-dire au bien de tous sans considération d’intérêts catégoriels particuliers. Avec eux, tous ces projets peuvent être menés et réussis collectivement. Pour cela la Ville doit refuser les logiques guidées par le profit et la seule productivité. Elle doit rester un collectif fier de ses capacités et de ses réalisations, confiant en sa hiérarchie et son exécutif. C’est ce qu’attendent les agents et ce que continuera à défendre la CFTC.

Je vous remercie de votre attention.

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