CFTC Désintox


Depuis de nombreuses années, les agents publics ne sont pas à la noce et les rumeurs vont bon train. On les gratifie dans les medias d’avantages qui feraient pâlir d’envie bon nombre de salariés, ou encore on les affuble de qualificatifs pas très reluisants et bien loin de la réalité. La CFTC souhaite, dans cette rubrique Desintox, rétablir certaines vérités.

RETRAITES

LES FONCTIONNAIRES ONT UNE RETRAITE PLUS AVANTAGEUSE. FAUX

Ce qui se dit : La règle des « six derniers mois » est la principale différence entre le système de retraite du privé et du public. La pension d’un fonctionnaire est calculée à partir du salaire touché six mois avant le départ en retraite. Le fonctionnaire touchera alors 75% de son ancien salaire. Tandis que la retraite d’un salarié du privé est déterminée sur la base des salaires touchés pendant les vingt-cinq meilleures années de sa carrière, ce qui est bien moins favorable. Ce salarié touchera 50% de son salaire moyen, ainsi que sa retraite complémentaire.

En réalité : les 75% ne seront perçus que par ceux qui ont effectué toute leur carrière dans la fonction publique, pour les autres leur retraite sera calculée avec un pourcentage moindre, au prorata des années effectuées. De plus, les primes perçues ne sont pas prise en compte pour le calcul de la retraite des fonctionnaires. En ce qui concerne la retraite complémentaire, seule la RAFP, mise en place en 2005 sera prise en compte à hauteur de 20% des primes seulement. Au désavantage également des fonctionnaires : les trimestres sont plus difficiles à valider que dans le privé. Pour valider un trimestre dans le public, c’est la durée effective du travail qui est prise en compte : un fonctionnaire doit ainsi travailler au moins 45 jours sur 90. Dans le privé, il suffit d’avoir touché 200 fois le smic horaire. Soit 1 886 euros bruts, même si le salarié n’a travaillé qu’un mois au lieu de trois.

Dans les faits, même si les modalités de calcul sont différentes, les pensions de retraite sont comparables entre le privé et le public. D’autant que depuis la réforme de 2010, la durée de cotisation a été alignée avec le privé à 42 ans pour tous.

CONGÉS

LES AGENTS DE LA VILLE DE PARIS ONT 55 JOURS DE CONGÉS ANNUELS PLUS 8 JOURS DE RÉCUPÉRATION. VRAI et FAUX

Ce qui se dit :Les agents de la Ville de Paris agents ont 25 jours de congé, auxquels il faut ajouter 4 « jours du maire », 4 jours de congé dits « neige », 22 jours de RTT et 8 jours de récupération (Le Parisien du 29 octobre 2017)

En réalité : Les agents disposent de 33 jours de congés annuels, auxquels ont retire la journée de solidarité, ce qui fait 32 jours, la journée supplémentaire pour les mères de famille ayant été supprimée.

A ces 32 jours peuvent se rajouter les 22 jours de RTT mais ils ne sont pas automatiques et doivent être générés. Les agents qui ne font que 35 heures n’en génèreront pas, de même pour ceux travaillant à la semaine de 4 jours.

Les 8 jours supplémentaires (dits de récupération) n’ont jamais été automatiques dans toutes les directions de la Ville et sont soumis à l’autorisation du chef de service dans la plupart des cas, ce qui sera généralisé à toutes les directions de la Ville à partir de 2018.

Ne pas oublier non plus que dans la fonction publique, «la durée travaillée au-delà des 35 heures hebdomadaires donne plus souvent lieu à des contreparties sous forme de jours supplémentaires que sous forme de compensation salariale». C’est donc au détriment de leurs salaires que les fonctionnaires ont davantage de vacances.

ABSENCES

LE RÉTABLISSEMENT DU JOUR DE CARENCE FERA BAISSER L’ABSENTÉISME. VRAI et FAUX

Ce qui se dit :Le rétablissement du jour de carence ferait baisser l’absentéisme dans la fonction publique, et c’est sur cette affirmation que le gouvernement l’a mise en place pour janvier 2018.

En réalité : Dans une étude publiée vendredi 10 novembre, l’Insee estime que l’introduction d’un jour de carence dans la fonction publique de l’État entre 2012 et 2014 n’a pas “significativement” modifié la proportion d’agents absents pour raisons de santé. Le micro-absentéisme a certes été réduit, mais le nombre d’absences de longue durée a augmenté de l’ordre de 25 %. La part des absences d’une journée ne change pas, en revanche. Pour “éviter une retenue de salaire due au jour de carence”, les agents “peuvent préférer substituer” leurs arrêts maladie sous forme de jour de congé annuel, de RTT ou d’autorisation d’absence. Mais c’est surtout du côté des absences de longue durée que l’efficacité du jour de carence peut être questionnée. Le nombre d’absences pour raisons de santé d’une semaine à trois mois (durée jusqu’à laquelle les agents de l’État en arrêt maladie reçoivent leur salaire) aurait ainsi augmenté de 25 % “sous l’effet de la mesure” entre 2012 et 2013.
Ces résultats sont “en cohérence avec les rares études empiriques sur le sujet”, ajoute l’Insee, “qui tendent à montrer que la présence d’un jour de carence décourage la prise d’arrêts, mais qu’en cas d’arrêt, celui-ci dure plus longtemps”.

TRAVAIL

LES FONCTIONNAIRES SONT TOUS DES FAINÉANTS. FAUX

Ce qui se dit : Les travailleurs qui sont employés à produire de l’éducation publique, de la santé publique, des services municipaux, etc, seraient improductifs. Ils ne travaillent pas assez, sont des fainéants privilégiés, salariés à vie de l’Etat bienfaiteur. Dossier Qui veut la peau des fonctionnaires ?

En réalité : Les fonctionnaires sont en proie à de nombreuses sources de difficultés au travail, à commencer par la double hiérarchie, administrative et politique, en particulier les fonctionnaires territoriaux. La FPT fait actuellement l’objet de restrictions budgétaires et d’une recherche de maîtrise accrue des effectifs. Ses agents sont directement confrontés aux demandes pressantes des publics en difficulté et à la montée des exigences d’administrés se comportant parfois comme des clients. Ils subissent des changements managériaux avec des élections tous les cinq ou six ans, des réformes voire des restructurations. Comme dans le privé, le salarié d’une collectivité locale peut se retrouver en burn-out.
Ce qui les fait tenir ? Leur motivation pour le service public et le souci de l’intérêt général.
L’image de fonctionnaires cherchant à en faire le moins possible aurait-elle vécu ?

LES FONCTIONNAIRES SONT TOUS PROTÉGÉS FAUX

Ce qui se dit : Tous les agents de la fonction publique bénéficient de la sécurité de l’emploi

En réalité : Les agents contractuels ou non-titulaires représentaient fin 2012 un peu plus de 17% des effectifs. Recrutés sans concours contrairement aux titularisés, certains peuvent empiler les CDD pendant des années, voire des décennies.

 

 

LES FONCTIONNAIRES ONT DE MEILLEURS SALAIRES VRAI et FAUX

Ce qui se dit : Les fonctionnaires gagnent plus que dans le privé

En réalité : Le salaire net moyen était en 2014 de 2.477 euros dans la fonction publique d’Etat, contre 2.225 euros pour l’ensemble de la population. A noter que les enseignants ont des salaires plus bas que la moyenne des pays de l’OCDE.

Mais si on prend en compte la fonction publique territoriale, les fonctionnaires ne sont plus si bien payés. L’analyse doit aussi prendre en compte la catégorie socioprofessionnelle des agents. Dans le public, les professions peu qualifiées comme les ouvriers sont mieux rémunérées que dans le privé, et c’est l’inverse pour les cadres.

LES FONCTIONNAIRES NE SERVENT À RIENFAUX

Ce qui se dit : Les fonctionnaires coûtent mais ne rapportent rien

En réalité : L’emploi public aune influence positive y compris sur les emplois privés car il produit des biens et des services améliorant le fonctionnement de l’économie. Par exemple, une meilleure couverture du réseau des transports publics peut accélérer le développement des entreprises privées. Autre exemple, la fourniture d’eau potable. Il s’agit d’un service que les collectivités territoriales ont souvent privatisé, et sur lequel beaucoup reviennent actuellement, du fait d’un problème de coûts. Ainsi, suite à la remunicipalisation de la gestion de l’eau potable de la ville de Paris, son prix a baissé de 8 %.

LES FONCTIONNAIRES NE FONT PAS LEURS HORAIRESFAUX

Ce qui se dit : Les fonctionnaires finissent tous à 17 heures

En réalité : Au-delà des postes à heures fixes, les fonctionnaires font souvent des heures supplémentaires. Dans la fonction publique hospitalière, on peut ainsi travailler jusqu’à un plafond de 48 heures sur une période de sept jours. Certains fonctionnaires sont d’astreintes le week-end et même la nuit. Ce sont aussi parfois des métiers physiques : une infirmière peut parcourir 10 à 12 kilomètres en une seule journée de travail.